L'Impératrice

III - Performance vocale d'Aurélie Cheneau, chanson "Pa'llegar a tu lado" de Lhasa

L’Impératrice a comme valeur numérique le Trois : la naissance. Un plus un font trois dans la triade du couple et l’amour s’incarne par la chair de l’enfant. Ce qui signifie que l’Impératrice est une coupe réceptive à cet éclatement. Elle va chercher "en haut" pour ramener les choses "en bas" et faire ainsi de ses idées une réalité, une incarnation bel et bien vivante, suintante et vibrante. Dans le film, elle est représentée par Aurélie Cheneau, cette artiste chanteuse qui malgré les gifles et les accessoires qui tentent de la faire taire, chante de plus en plus fort pour laisser sortir son pouvoir créateur. Sa prestance stoïque face à la caméra et son laisser-aller instinctuel font de sa présence un feu qui brûle d’une ferveur bouillonnante, d’une volonté d’être et de vivre suivant ses propres règles.

L’œuvre d’Aurélie Cheneau est inspirante à ce niveau là, à bien des égards : création textile, sculpture, illustration, performance, photographie, musique et vidéo sont les différents médias qu’elle utilise quand elle ne chante pas avec le groupe l’Opium du Peuple. L’Impératrice est cette créativité qui éclate sous bien des aspects sans se soucier de la finalité puisqu’elle ne recherche que l’expression d’elle-même, l’explosion. Sa créativité n’a pas d’autre but que le plaisir d’être et de vivre selon sa propre notion de la beauté, qu’elle trouve partout, même dans l’expression de la peur, de la violence et du désarroi. La séduction également est partout : comme une adolescente, elle respire tout ce qu’elle trouve et fait éclore de ce souffle une multitude de choses, en leur donnant corps. En somme, l’Impératrice fait des miracles. Elle incarne cette inspiration qui la traverse. La chanson de Lhasa, reprise pour la performance, exprime en espagnol – la seconde langue de la performeuse – l’étreinte brulante de la vie lorsque l’on est aimé et supporté par un autre être – ou par soi­même - et la reconnaissance, par le remerciement, de la matière, du corps, qui supporte nos idées, leur permet d’éclore :

Je remercie ton corps
De m’avoir attendue
Il a fallu que je me perde
Pour arriver à tes côtés
Je remercie tes bras
De m’avoir atteinte
Il a fallu que je m’éloigne
Pour arriver à tes côtés
Je remercie tes mains
De m’avoir supportée
Il a fallu que je me brûle
Pour arriver à tes côtés

Aurélie Cheneau a un travail fort autour de la quête de soi et de l’éveil. Ses créations sont imprégnées d’une esthétique liée au conte, au passage de l’enfance à l’adulte, et font référence au travail de Lewis Caroll. Elle vibre artistiquement une enfance perdue qu’elle tente de retrouver à travers l’expression des symboles forts de l’inconscient.


L’histoire que j’aime d’Aurélie, c’est celle d’une adolescente de 18 ans qui s’est enfuie de chez les témoins de Jéhovah qui avaient prévu de la marier. Elle est allée se réfugier en Espagne, aux côtés de sa tante cartomancienne et a appris à tirer les cartes à ce moment là. Sa démarche artistique est le reflet de son parcours de vie, qui entre l’enfance et l’âge adulte, s’émerveille à chaque instant de tout ce dont elle considère avoir été privé durant son enfance par cette religion.