La Papesse

II - Performance "Le Rêve de la Pécheresse", interprété par Satomi Zpira

La Papesse est la lame du calme, de la patience, de la connaissance. Interprétée par Satomi Zpira, ici, la Papesse ne revêt pas les habits de la religieuse, bien au contraire : elle est nue et se veut être une représentation d’une Vénus qui se révèle être la Marie‐Madeleine de la Bible à la fin du film, essuyant les plaies de la performeuse avec ses cheveux. C’est une lame de méditation, d’intuition, d’intériorisation et c’est pourquoi j’ai choisi de la mettre en scène par la sensualité de cette performeuse. Jouant le jeu de l’extrême féminin, du fragile, du doux et du délicat, l’œuvre de Satomi Zpira se veut paradoxalement violente. D’ailleurs, le chiffre deux de la Papesse est lié à l’ambiguïté, la dualité. Par le fil, sur lequel se tend ses gestes et ses attitudes, elle infiltre dans chacune de ses performances la notion de dérapage, inséparable du contraire qu’elle met en scène qui pourrait être la perfection, surjouée par l’image de la femme fatale. Ainsi, sa performance "Mishima mon amour" , offre une magnifique cérémonie dans laquelle elle interroge la notion de suicide à travers un rituel inspiré des traditions japonaises dans lesquelles elle évolue depuis plus de quinze ans. Ce travail fait référence à l’œuvre de Hokusaï, "le rêve du pêcheur" - que nous avons féminisé ensemble, lors du tournage en "rêve de la pécheresse" afin de faire écho à Marie­Madeleine et à son charisme double de la traditionnelle Geïsha, mêlé à la contemporaneïté de la Maîtresse Shibari, dont elle se sert des codes dans ses performances ­ mais s’inspire bien évidemment de celle de l’écrivain Mishima Yukio.

La Papesse du tarot est passive, réceptive, discrète, réservée... Elle est ce féminin "d’intérieur" que l’on rencontre dans les universités, les écoles, les bibliothèques. Mais par extension, je l’ai liée à ce féminin discret que l’on ne va voir que pour "savoir", avoir des révélations, donc un féminin lié à la connaissance des secrets enfouis (la mère, la grand-­mère, celle "qui sait"). Sa froideur n’est pas synonyme de dureté mais plutôt de réserve, de force qui coule, de fluidité. À ses pieds sommeillent des poissons morts, des œufs de poissons, des sèches… Elle est cette vénus-mer ou mère, qui couve et qui tue, puisqu’en donnant la vie elle donne également la mort. La Papesse est en gestation continuelle, elle est fidèle, solitaire et spirituelle. Dans le tarot elle représente une femme qui transmet un idéal de pureté. La pureté ici, dans cette scène, réside dans le fait que la Papesse vibre avec l’énergie divine, celle des océans, du ciel et de la terre. Elle nous emporte avec elle dans une grande vague de beauté et de douceur impitoyable. Elle est contemplation.


L’histoire que j’aime de Satomi, c’est celle d’une femme qui est partie du Canada pour le Japon dans le but d’apprendre le shibari avec un grand maître de cet art. Celui-ci n’a pas voulu faire d’elle son élève, prétextant qu’elle était occidentale mais surtout qu’elle était une femme. Satomi est donc rentrée chez elle et a appris le japonais. En six mois elle a réussi à avoir des bases et est repartie le voir. Il a décidé de faire d’elle son élève devant tant de ténacité. Aujourd’hui elle excelle dans l’art du shibari et est devenue une Papesse de cet art qui mêle froideur technique et complexité avec chaleur sensuelle et érotique.